top of page
Search

Lettre a mes clients hypersensibles ou TDAH: Tu n'es pas tes pensées, tu n'es pas tes symptômes...

Updated: Jan 4


Cher toi,


Tu es hypersensible, peut-être TDAH aussi, et tu as cette sensation permanente de vivre dans un monde trop rapide, trop bruyant, trop exigeant. Et au fond, dans ce silence qui suit l'épuisement, tu crois que le problème vient de toi.


Je le sais. Je le vois. Et je veux te dire quelque chose d'important : cette confusion est profonde, douloureusement profonde. Beaucoup de thérapeutes passent à côté. Ils parlent de gestion des émotions, de routines, de respirations conscientes. Tout cela a sa place, bien sûr. Mais ils manquent parfois ce point brûlant : tu confonds ton identité avec ce que ton système nerveux produit.

Et cela te blesse. Depuis des années.


"TDAH et hypersensible, ta pensée ne dit pas qui tu es"


Laisse-moi te partager une chose de simple, mais tellement bouleversante quand on accepte de la regarder : si tu peux observer une pensée, alors cette pensée ne peut pas être toi.

Imagine le ciel, ce vaste espace bleu au-dessus de Londres, même quand les nuages gris s'acharnent. Les pensées sont des nuages. Toi, tu es le ciel. Le ciel ne disparaît jamais, même lorsque la tempête fait rage.

Des recherches cognitives montrent que nous produisons entre 60 000 et 80 000 pensées par jour (Tseng et al., 2013). Tu imagines cette quantité vertigineuse ? Pas étonnant que ton mental déborde comme une bouilloire oubliée sur le feu. Et toi, en tant qu'hypersensible, tu ne te contentes pas de les produire : tu les traites plus profondément, plus intensément. Ton cerveau ne filtre pas comme celui des autres. Il absorbe. Il capte. Il ressent.


Je pense à une expatriée française. Chaque lundi matin, la même phrase revient la hanter : « Tu n'es pas vraiment ta place ici. » Cette pensée est lourde, presque physique, une chappe de plomb sur ses épaules. Pendant des années, elle a cru que cette voix révélait une vérité fondamentale sur elle, sur sa place dans le monde.


Puis un jour, elle a découvert au cours d'une de nos conversations quelque chose de fascinant : cette pensée surgit surtout quand elle a mal dormi, quand elle saute le petit-déjeuner, ou quand le métro londonien est particulièrement bondé. La pensée ne révélait rien sur son identité. C'était simplement de la météo intérieure, un bulletin d'alerte de son système nerveux épuisé.


saturation sensorielle hypersensible et TDAH
saturation sensorielle hypersensible et TDAH

Tu vis avec des réactions intenses.


Crevé, en surcharge sensorielle après les course au supermarché trop éclairé, trop bruyant. Les émotions qui montent comme des vagues soudaines; cette fatigue sociale après une soirée qui semble pourtant anodine aux autres.


La difficulté à changer de rythme quand un imprévu surgit ou de se réadapter à sa routine après les vacances. Cette tendance à absorber les ambiances comme une éponge.


Et parce que ces réactions sont visibles, répétées, insistantes, tu finis par croire : « C'est moi le problème. »

Voilà ce que je veux que tu saches : les recherches de la psychologue Elaine Aron montrent qu'environ 15 à 20 pour cent de la population est hypersensible (Aron, 2010). Ce ne sont pas des chiffres insignifiants. Ce n'est pas rare, ce n'est pas un défaut de fabrication ni une fragilité honteuse. C'est une façon de percevoir le monde plus fort, plus fin, plus profond.


Évidemment, quand ton système capte chaque nuance, chaque variation de lumière, chaque micro-expression sur un visage, ton cerveau travaille davantage. Et la tension interne devient ton compagnon quotidien, aussi fidèle qu'un chien qui refuse de te quitter.


Je pense à ce jeune homme qui avant de comprendre son hypersensibilité, se croyait paresseux, lent, incapable de suivre le rythme des autres. Il se comparait sans cesse et se trouvait défaillant. Après avoir découvert comment son système nerveux fonctionnait réellement, il a cessé de se juger avec cette cruauté. Il a ajusté son environnement, pas sa valeur. Et tout s'est ouvert, comme une porte fermée depuis trop longtemps.


TDAH hypersensible encore en retard
TDAH hypersensible encore en retard

Ton système ne se contente pas de ressentir. Il analyse. Il amplifie. Il interprète. Il danse une chorégraphie complexe que les autres ne voient même pas.

Une lumière agressive dans un supermarché Tesco n'est pas « une simple lumière ».

Un ton sec dans un email n'est pas « des mots sur un écran ».

Le vacarme du métro londonien aux heures de pointe, avec ses freins qui crissent, n'est pas « du bruit ». Ton corps réagit. Ton cœur accélère. Ton mental s'emballe. Tes émotions montent d'un coup, comme un ascenseur.

Et les pensées suivent, impitoyables : « Je suis trop. Je ne suis pas adapté à ce monde. » « Pourquoi les autres y arrivent-ils et pas moi ? »

Ces pensées sont compréhensibles. Je les entends. Je les valide. Mais écoute-moi bien : elles ne sont une version amplifiée de la réalité.


Je pense à cette hypersensible et à TDAH qui vit à Londres. Les fêtes l'épuisent comme si elle avait couru un marathon. Les changements de plan la déstabilisent au point de la bloquer toute la journée. Les tâches quotidiennes, celles que tout le monde gèrent sans réfléchir, la submergent facilement. Longtemps, elle s'est dit : « Je ne gère pas, je suis trop compliquée. Je suis un problème ambulant. »

Puis elle a compris : ce n'était pas elle qui était brisée. C'était son système nerveux qui saturait, comme un ordinateur avec trop d'onglets ouverts. Elle a commencé à organiser sa vie pour se respecter : espaces calmes après les interactions, transitions douces entre les activités, temps de récupération assumés sans culpabilité. Pas de « stiff upper lip » britannique forcé, ni cette attente française d'être toujours impeccable.

Ses symptômes existent toujours. Mais elle existe aussi, et elle est infiniment plus que ça.


Alors, peut-on essayer d'arrêter de confondre réactions et identité?


S'il t'arrive de dire quelque chose d'un peu maladroit en réunion Zoom. Instantanément, tu penses : « Je suis complètement ridicule, incompetent. Ils vont me juger. »

Ton cœur se serre, ta respiration s'accélère.

Prends ce pas de côté, ce millimètre de distance : ce n'est pas une preuve de ton incompétence. C'est une réaction nerveuse amplifiée par ton hypersensibilité. Une tempête passagère à l'intérieure.


Quand tu oublies un rendez-vous important et que ton TDAH fait des siennes, au lieu de plonger dans « Je suis nul, je ne peux rien faire correctement », essaie : « Mon système est en train de fatiguer. » « Ma mémoire de travail glisse, ca arrive de temps en temps. » « Voici ma sensibilité qui dépasse sa capacité du moment. »

Quand tu te sens submergé dans un restaurant bruyant, avec ses conversations de toutes part et ses couverts qui cliquent, au lieu de « Je suis nul, les autres y arrivent bien », essaie : « C'est certainement trop d'informations pour système sensoriel. J'ai seulement besoin d'une pause, d'un peu d'air frais. »


Une fois que tu nommes ce qui se passe réellement, tu peux agir et tu reprends le pouvoir.



Les études montrent que les personnes ayant un fonctionnement neuro-atypique, dont les hypersensibles et les personnes TDAH, ont un risque d'anxiété et de dépression beaucoup plus élevé .

Les chiffres montent souvent entre 18 et 30 pour cent (Kessler et al., 2006). Mais écoutes, tu n'es ni défaillant ni inadapté.

C'est parce que tu passes ta vie à croire que tu es « le problème ».

La souffrance vient moins des symptômes eux-mêmes mais plutôt de la honte qui les entoure. Cette honte s'infiltre partout comme l'humidité britannique.

Quand la honte s'estompe et que tu cesses de porter ce qui ne t'appartient pas, tu peux respirer. Tes épaules redescendent. L'espace s'ouvre.


hypersensible TDAH absorbée dans ces pensées
hypersensible TDAH absorbée dans ces pensées
La vraie liberté, celle qui change tout, commence quand tu arrêtes de croire que tes pensées te définissent.

Si tu laisses tes pensées te gouverner sans distance, tu entres dans un cycle brutal que je vois trop souvent :

Pensée → croyance sur toi → recherche de preuve → tu en trouves forcément→ anxiété → surcharge → nouvelle pensée encore plus négative →catastrophisation.


Tu connais ça ? Tu l'as vécu ce matin , ou peut-êtrehier soir.

Mais quand tu prends un peu de distance, juste un millimètre, tout peut changer.

Tu peux enfin te demander : « Est-ce vraiment un fait? Ou tout simplement mon système en détresse ? » « Qu'est-ce que mon corps me dit en ce moment ? » « De quoi ai-je vraiment besoin maintenant ? »

Ce n'est pas du déni ou minimiser ce que tu vis. C'est de la lucidité, de la compassion envers toi-même.


laisser partir et observer ses pensees
laisser partir et observer ses pensees
Pendant la semaine qui vient, je te propose quelque chose de simple, courageux et peut-être radical.

Observe.


Observe tes pensées qui parlent. Elles ne sont pas des vérités absolues gravées dans le marbre.

Observe tes sensations quand tu es débordé, quand le monde devient trop.

Observe-toi de l'exterieur sans te juger, sans chercher à corriger immédiatement, sans exiger de toi que tu sois différent.


Et surtout, observe ceci : tu n'as pas à te laisser engloutir. Tu es celui ou celle qui regarde les vagues. Tu es celui, celle qui choisit comment répondre, même si ce choix semble minuscule au début.

Cette prise de conscience est un début de liberté. Elle ouvre une nouvelle porte. Elle t'invite à prendre de la distance avec tes pensées. Car elles ne sont pas toi. Elles ne te qualifient pas.


Tu es bien plus que ça. Tu es bien plus profond que tes pensées les plus sombres. Tu es comme le ciel, elles sont les nuages.

Et je crois en toi, même quand tu ne crois plus en toi-même.


Avec toute ma compassion,

Ton accompagnante, coach de vie et thérapeute, Claire


Post-scriptum : Quelle pensée ou quel symptôme t'a fait croire, ces derniers temps, que tu étais « trop » ou « pas assez » ? Si tu veux en parler ou si tu as besoin d'un espace pour comprendre ton hypersensibilité, je suis là, on en parle?


Sources citées :

Aron, E. N. (2010). Psychotherapy and the highly sensitive person: Improving outcomes for that minority of people who are the majority of humankind. Routledge.

Biederman, J., Petty, C. R., Evans, M., Small, J., & Faraone, S. V. (2006). How persistent is ADHD?: A controlled 10-year follow-up study of boys with ADHD. Psychiatry Research, 177(4), 299-304.


Kessler, R. C., Adler, L., Barkley, R., et al. (2006). The prevalence and effects of adult attention deficit/hyperactivity disorder on work performance in a nationally representative sample of workers. Journal of Attention Disorders, 9(3), 465-475.

Tseng, Z. L., Teller, S., Maydan, O., & Freeman, W. J. (2013). The human brain: spontaneous cortical activity in default and cognitive states. Annals of the New York Academy of Sciences, 1301, 82-91.

 
 
 

Comments


bottom of page